(post déposé sur le blog de Pierre Serisier, le monde des séries)
Je tiens à vous faire une confession: au risque de déclencher un affrontement, je déteste les endives…et je ne suis pas le seul.
Pourtant il semblerait bien que certaines personnes, dont peut-être quelques uns d’entre vous, aiment les endives.
Grâce à mon ami Wikipedia, je sais que l’endive est une plante bisannuelle, produit de la recherche agronomique, savante création humaine issue de la terre riche en eau et en vitamines, découverte par un croisement d’espèces faisant partie des asteraceae.
Il y a même des sites qui vouent un véritable culte à ce légume (endives.fr), allant même jusqu’à prétendre atteindre l’extase culinaire.
Mais bon sang…comment pourrais-je comprendre que certaines personnes fassent une telle fête à la chair de cet horripilant amas d’amertume en salade, entouré de jambon ou roulé à la dinde chaude…même en dessert.
Dois-je brandir à chaque fois mon clavier avec la ferme intention de frapper d’un ouragan de mots durs tous les sites osant mettre en avant ce légumineux si amer?
Dois-je noter l’incohérence de certains propos, l’ineptie des discours et des publicités, voire hurler à l’attentat culinaire, tentant le tout pour le tout en cherchant l’affrontement même sur les marchés au chicon?
Dois-je entrer en résistance ou capituler en posant un si lourd fardeau? Qu’elle est forte la tentation de pouvoir imposer mes goûts de mon palais, mais n’est-ce pas là une grande futilité? Suis-je le seul à avoir raison, comme une unique balise jetée dans un océan d’inculture?
Peut-être me faudrait-il devenir ascète d’un temple, manger du riz fade des mois durant d’une main de fer avant de me sacrifier, tel le héros d’une mission suicide, devant une feuille jaunâtre.
Peut-être que ces ‘autres’, qui aiment, y trouvent justement tous les éléments de leurs croyances culinaires alors que, de mon coté, je n’y vois qu’un crash sur une lune d’incohérences gustatives.
Mais, en fait, peut-être que ces gens là apprécient d’en parler, exprimant leur satisfaction aux autres, remerciant les créateurs et les jardiniers de ce légume, peut-être aiment-ils même mélanger le chicon à d’autres produits afin d’apporter leur contribution dans un cercle aspirant à une modeste révolution des goûts?
Ca ne semble pas faux quand on voit certains bloggeurs qui ne peuvent s’empêcher de citer trop fréquemment l’endive dans leurs rubriques gastronomiques. Même des journalistes renommés et des grands magasines en font l’apologie. Sont-ils incultes ou simplement fous ?
Quand je pense que certains usent et abusent du téléchargement de recettes alors que j’aurais tendance à pousser à l’exode les adorateurs du chicon…
Même si je rêve encore, parfois, d’une grande rafle numérique, je dois hélas avouer qu’il existe effectivement d’autres goûts que le mien, et que peut-être que mon avis n’est pas le seul valable.
Et oui, j’ai accepté l’avis des autres. Un jour, grâce à mon ami Wiki, j’ai eu une véritable révélation (Je ne citerai que le passage de cette citation de Pierre Desproges):
“L’endive est fade jusqu’à l’exubérance. En tant que vivante apologie herbacée de la fadeur, elle est l’ennemie de l’homme qu’elle maintient au rang du quelconque, avec des frénésies mitigées, des rêves éteints sitôt rêvés et même des pinces à vélo”
Et je dis: “Merci Pierre(s)”.
Cette citation (ainsi que le film ‘bienvenue chez les ch’tis’) m’a fait comprendre qu’il est possible d’apprécier ce que d’autres détestent, ou de détester ce que la majorité apprécient. Il n’y a point à farfouiller dans d’obscures analyses ou de se forcer à voir des incohérences où il n’y en a pas.
Il n’y a pas non plus à critiquer les recettes de l’endive comme certains massacrent une série ou un film. Devrait-on présenter en détail le tableau périodique lorsqu’on parle d’atomes?
Devrait-on obliger le visionnage de 800 épisodes d’history channel avant d’oser imaginer un grand combat militaire crédible sur le petit écran? Et que dire des opérations chirurgicales?
Devrait-on laisser de nombreuses prétendues harmonies culinaires se créer ou, au contraire, devrions nous satisfaire à 100% les goûts d’un petit nombre, ou de ceux qui ne veulent pas faire partie ni du grand, ni du petit nombre ? Imaginez si nous étions dirigés par les fans de la cuisine de Maïté!
Aaahlala, que l’humanité est dure à satisfaire…
Quelquefois, face à certains propos, j’aimerais être Gordon Ramsey devant ses élèves, mais je ne suis pas critique…ni culinaire, ni sériephile, ni Cyril Lignac….
En pauvre lecteur que je suis, j’apprécie de lire les commentaires qui flattent mes goûts mais je lis aussi ceux que j’aime moins, tout en ayant l’envie d’y trouver les arguments pour les convaincre du contraire (en espérant ne jamais attaquer l’auteur directement).
Et si je découvre que des endives sont dans mon assiette, plutôt que de déclencher une révolution dans le restaurant, je fais ce que toute personne sensée doit faire…je laisse ce que je n’aime pas, discrètement et j’attends le dessert en admirant cette satisfaction et ce bonheur que le cuisinier bloggeur à transmis aux autres convives.
C’est ce que tous nous… devrions faire!
Meilleurs vœux et merci pour votre blog Pierre !
(post déposé sur le blog de Pierre Serisier, le monde des séries)